On nous avait dit “la ville sera un vaste terrain de jeu”. Effectivement, les rues, les échangeurs et les places ressemblent désormais, sur les écrans des navigateurs GPS, aux plateaux d’un jeu vidéo. Est-ce que l’on s’y amuse pour autant ? Ca ne saute pas aux yeux : pour se rendre d’un point à un autre, on obéit aux ordres d’une voix métallique et on suit des itinéraires préprogrammés. Pourtant le réel déborde sans cesse ces représentations aseptisées : les navigateurs se trompent et les plans s’éclaircissent aux marges des villes. L’Atelier de Géographie Parallèle (AGP) est né du désir de pousser les cartes dans leurs retranchements : à quel moment deviennent-elles muette ? Et comment figurer ce qui leur échappe ? Nos représentations montrent l’espace tel que nous l’avons parcouru, avec ses discontinuités
et ses incohérences.
Notre nom, Atelier de Géographie Parallèle, n’a pas été choisi en opposition à une géographie officielle qu’il s’agirait de contester, voire de refonder. Nous n’avons aucune prétention théorique, et notre seul rapport aux production géographique existantes (cartes, schéma, données) est un rapport d’usager légèrement obsessionnel. La seule rupture que nous instituons porte sur la méthode. Notre travail s’affranchit de tout les usages de la géographie, à savoir : la permanence (les méthodes de l’Atelier changent avec leurs objets), le savoir-faire (tout les membres de l’AGP opèrent comme des amateurs, même – surtout – s’ils sont des professionnels), l’esprit pratique (les représentations de l’AGP ne sont destinées à aucun usage précise) et l’exhaustivité (l’AGP ne représente que les lieux qu’il choisit, et n’a aucun impératif de continuité).
L’Atelier profite d’une conjoncture historique particulièrement favorable : longtemps interdit, l’accès aux principaux outils de la géographie – photographies aériennes et satellite, GPS, logiciels de cartographie, etc. – est aujourd’hui largement démocratisé, autorisant toutes les subversions. Ce constat, l’AGP n’est pas le seul à le faire : nombres de groupes, opérant à la frontière de l’art et du jeu, ont d’ores et déjà commencé à détourner Google Earth, les cartes digitales et les technologies de géolocalisation. L’AGP s’inscrit dans ce courant, où il se distingue cependant par son absence totale de préjugé sur la pertinence des techniques disponibles, et sa volonté de tout essayer : pour dire l’espace, tout les moyens sont bons, y compris (surtout) les moins appropriés.
Le premier travail de l’Atelier porte sur les “zones blanches” des cartes. Dans toutes entreprise de classification subsiste immanquablement des objets qui n’entrent dans aucune catégorie : le plus souvent, on s’en débarrasse sous l’intitulé “autres”, ou bien “divers”. Les cartes, ces recensement de l’espace, n’échappent pas à la règle : malgré les tout les éléments de légendes dont disposent les géographes, certaines aires ne sont pas labelisées et restent vierges. L’AGP a visité ces « zones blanches » pour découvrir ce qui échappait à la modélisation, et voir s’il était malgré tout possible de représenter ce qui y apparaissait. Pour pallier les déficiences des cartes, chacun a opté pour des techniques différentes : un long recensement a été écrit et a été publié en août 2007 sous le titre Un Livre Blanc (Fayard), d’innombrables photos et vidéos ont été prises, et des cheminements dessinant une géographie subjective de ces lieux ont été enregistrés avec un GPS. Mais malgré cette avalanche de détails, les zones blanches, telles ces taches qui apparaissent parfois dans le champ de vision, sont restées pour nous des points aveugles : après plusieurs visites, il nous était toujours impossible de nous accorder exactement sur leur superficies et leur limite, ainsi que sur le statut (objet ? construction ? simple détritus ?) des composants que l’on y trouvait.
Au lieu de mettre fin à l’indécision du lieux, nos énumération et inventaire n’ont fait que l’accentuer, et c’est dans cette voie que l’AGP voudrait poursuivre ses travaux. Rendre, à force de documentation et de visite, l’espace à sa précarité, et faire des codes de la représentation géographique un langage, polysémique et ambigu
Photographe de formation (MST en Image Photographique, Université Paris VIII) et attiré par les grands espaces, ses travaux ont dès 1992 naturellement pris comme socle la photographie de paysage et le Land-Art tout en s’enrichissant de problématiques plus contemporaines.
Après divers séries orientées principalement vers le paysage -Long Chemins, Déplacements de miroirs- et sur les ruines végétales –Propositions Paysagères Transitoires, Sculptures- ses derniers travaux –Intramuros, GPS Drawings- portent sur le territoire (sa formation et ses représentations) et plus particulièrement sur la façon dont nos déplacements viennent à le construire par leurs singularités, leurs répétitions et leurs accumulations. Basé sur une sorte de “journal” consignant la majeure partie de ses déplacements -grâce à des techniques d’enregistrement empruntées tant à la géographie ou la cartographie (le GPS notamment) qu’a des techniques artistiques plus “traditionnelles” (dessin, photographie)- ces travaux prennent généralement la forme de séries et de livres d’artiste.
Parallèlement à ce travail artistique, il a enseigné durant quatre ans à l’Université de Paris VIII St-Denis en Maîtrise de Sciences et Techniques Photographie et Multimedia, et travaille en infographie.
Gianpaolo Pagni est artiste et auteur/illustrateur. Il est né à Turin en 1969 vit et travaille à Paris.
L’empreinte sur toutes ses formes, la peinture, les silhouettes, les séries, la couleur et le livre sont au coeur de son travail.
Ses images sont publiés régulierement dans la presse française et étrangère (Le monde, Libération , Le magazine Littéraire, Wall Street Journal, The Guardian, New York Times, TimeMagazine, Ventiquattro Magazine ) et dans l’édition pour illustrer notamment les couvertures des romans
de Tahar Ben Jelloun et de Michel Houellebecq (Flammarion, Seuil, Editions du Rouergue, J’ai lu, Mondadori, Rizzoli...)
Il est l’auteur de plusieurs livres illustrés : « Tourbillon », « L’explorateur » aux éditions Seuil Jeunesse, « Dactylo….ou souvenir d’un sécretaire comptable inachevé » et « Futebol 2002 » aux éditions du Rouergue.
Il expose son travail régulierement en France et à l’étranger..
www.gianpaolopagni.com
Jean Claude Mouton. Né en 1962. .
Son activité photographique a pour point de mire la ville. Il s’intéresse à des lieux spécifiques comme la zone de l’ancienne frontière Est-Ouest à Berlin, les monuments de Bruxelles ou de Strasbourg, mais aussi à des figures de l’ordinaire comme les embouteillages dans le centre des villes ou les poubelles abandonnées au coin des rues.
Florent Tillon est né avec les lapins du rond point de la Porte Maillot.
Ces petits rongeurs, perdus en territoire urbain, lui ont ouvert la voie à une recherche documentaire entre Detroit, Las Vegas et l’Espagne, où ruines industrielles, villes fantômes, chantiers inachevés et animaux urbains sont autant d’éléments iconographiques d’un monde en friche.
Après avoir suivi l’enseignement de Tom DRAHOS aux Beaux-Arts de Rennes, elle entre à l’École Nationale Supérieure Louis Lumière en photographie. Elle obtient son diplôme en 2006, avec « Coulisses d’autoroutes », travail sous la direction de Thibaut CUISSET. Aujourd’hui photographe de paysage et d’architecture, elle continue à mener une réflexion sur la représentation et la compréhension du paysage contemporain.
Philippe Vasset (né en 1972) a publié cinq livres, tous chez Fayard: Exemplaire de démonstration (2003 ), Carte Muette (2004 ), Bandes Alternées (2006), Un Livre Blanc (2007) et Journal Intime d’un Marchand de Canon (2009).
Il est par ailleurs rédacteur en chef de la lettre d’information Intelligence Online, qui couvre le secteur du renseignement, public et privé.